Mes photos témoignent de l’étrange contraste, entre des blocs de béton, symboles d’une guerre qui marque encore le paysage côtier, et les graffitis œuvres, d’ artistes contemporains, qui en toute liberté utilisent ces murs comme une véritable toile.
Les graffeurs s’arrangent du recouvrement, mais aussi de la disparition de leur support englouti par le sable ou l’océan. Sur ces murs, ils inscrivent des histoires de notre temps, parfois poétiques, souvent violentes, exprimant leur révolte, leur différence. Parfois ils laissent simplement la trace de leur passage, une signature, un cœur, une insulte au monde.
L’interdit est leur moteur, comme la bombe est leur outil.
La pression leur sert à délivrer la couleur, fixer le trait ou laisser une trace de leur existence avec leur tag. La violence du bombage trouve pour moi un écho fracassant sur les murs des blockhaus.
Mon regard se dirige d’abord sur ces ensembles, aux formes de monstres s’étirant sur le sable, entre dunes et océan pour m’attacher ensuite aux détails : fissures, grilles rouillées, fragments de peinture, détails d’un visage, slogan posé sur le béton. J’aime aller chercher les « monstres » enfouis, surgissant à l’occasion d’une forte marée.
Je regarde au fil des mois et des tempêtes, les mutations de ce territoire, l’évolution des graffitis et j’éprouve en ce lieu le poids de l’histoire, que vécurent mes parents et dont la force oppressante, disparait peu à peu.
Les œuvres éphémères qui recouvrent ces murs, contribuent à ne pas enfouir dans l’oubli de notre mémoire les traces de l’histoire.
Chantal Caramatie



























































































